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Introduction Le risque de crédit est un risque important présent dans quasiment tous les contrats financiers[1]. Fondamentalement, ce risque revient à celui que l'une des contreparties fasse défaut et ne puisse honorer son engagement vis-à-vis de l'autre. Dans le cas simple d'une obligation émise par une entreprise (« corporate bond »), l'investisseur est ainsi exposé au risque que l'émetteur fasse défaut[2] avant l'échéance et ne rembourse donc pas le capital. Le risque de défaut est également présent dans les produits dérivés de type swap[3] ou option de taux[4] dans la mesure où ils sont traités sur les marchés de gré à gré : la défaillance d'une contrepartie occasionne alors une perte (ou un gain) pour l'autre contrepartie si la valeur de marché du swap est positive (resp. négative) pour cette dernière. Le risque de crédit peut aussi être appréhendé en terme d'augmentation de la probabilité de défaut (ou du moins de l'aversion au risque) (et pas seulement de défaut vs non défaut) : si A possède du papier émis par B, A est exposé au risque que le spread de B augmente. Il est donc important de modéliser correctement ce risque à des fins de valorisation et de couverture. Ce besoin est renforcé par le développement important (en volume et en sophistication) des produits dérivés de crédit, initialement crées pour couvrir ces risques. Le règlement international de Bâle de 1998 a par ailleurs encouragé les banques a développer des méthodes de Credit Value at Risk pour déterminer leur capital réglementaire afférent au risque de marché et au risque de crédit pour leur book de trading.
Notre étude sera organisée de la manière suivante.
Dans un premier temps, nous nous proposons d'effectuer une présentation de la démarche suivie par différents chercheurs en passant en revue une trentaine d'articles qui ont attiré notre attention par leur apport au développement de la modélisation du risque de crédit, et l'éclairage qu'ils pouvaient nous donner sur la compréhension de trois articles particuliers.[5]
Ensuite, nous concentrons notre attention sur trois articles particuliers :
- Darolles, S., Gouriéroux, C., and J., Jasiak (2001) : "Compound Autoregressive Models", first version CREST-DP, 2001-20.
- Gouriéroux, C., Monfort, A., and V., Polimenis (2003) : "Affine Model for Credit Risk Analysis", CREST DP.
- Feng, D., Gouriéroux, C., and J., Jasiak (2004) : "The Ordered Qualitative Model for Credit Rating Transitions", Les Cahiers du CREF 04-05.
Nous résumerons ces articles en insistant sur leur démarche et leur originalité. Nous essayerons de mettre en évidence leur articulation respective ainsi que leur interaction. Certains points de démonstrations seront précisés.
Dans une troisième partie, nous donnerons notre avis personnel sur ces trois articles à la lumière de notre compréhension du cadre général de la recherche sur ce thème.
[1] Implicitement, le marché considère les titres émis par les états comme dépourvus de risque de défaut. Mais cela s'entend par rapport aux titres d'autres émetteurs du même pays que l'état considéré (par exemple, l'OAT française par rapport à une obligation BNP Paribas) ; car le marché affecte un risque de défaut aux titres d'état qui s'exprime dans le spread d'un état par rapport à un autre (par exemple, le spread positif du Pérou par rapport aux USA). [2] La définition du défaut par Moody's pour les entreprises émettrices d'obligations comprend trois types d'événements de défaut : (1) existence d'un retard ou d'une absence de remboursement d'intérêt et/ou de principal, incluant des paiements rééchelonnés sur une période de grâce ; (2) l'émetteur fait faillite (« bankruptcy »), incluant le placement sous administration judiciaire ; (3) un échange de détresse (« distressed ») se produit où l'émetteur offre aux porteurs d'obligations une nouvelle valeur ou portefeuille de valeurs dont le montant est moindre que l'obligation initiale, ou l'échange a le but clair d'aider l'emprunteur à éviter le défaut. Cf. Hua-Wang (2003). [3] Cf. Duffie-Singleton (1997) pour une étude du cas des swaps de taux d'intérêt. [4] Dans le cas des produits dérivés de type swap ou options, on parle plutôt de « risque de règlement », dans la mesure où il n'y a pas de prêt initial de capital. [5] Par convention, nous reporterons dans la bibliographie les références des articles que nous avons pu consulter. Pour les articles dont nous utilisons certains résultats sans les avoir directement consultés, nous indiquerons leurs références en note de bas de page seulement. |